"J’estime à environ 95% le nombre de héros cools de films d’action de mon enfance qui ont agressé des femmes au moins une fois pour qu’elles les aiment"
Depuis l'année dernière je travaille sur mon mémoire, et j'y aborde beaucoup la notion de culture du viol.
"l'expression
"culture du viol" désigne la façon dont on se représente
le viol, elle se définit par un grand nombre de mythes autour du viol que
nous partageons tous plus ou moins."
Seulement nos idées, mythes et représentations sur le viol, d'où viennent-elles?
Ce matin je décidais de lire un article "7 Reasons So Many Guys Don’t Understand Sexual Consent" (ici / et traduit en français). Ne pas comprendre le consentement, c'est lié à cette culture du viol. Alors je vous laisse lire l'article qui est très intéressant, mais je voudrais m'attaquer à un cas.
Je vais vous parler de deux des films d'Harrison Ford : Star Wars et Blade Runner.
Mis à part le fait que ces deux films connaissent aujourd'hui un renouveau au cinéma avec Blade Runner 2049 et la nouvelle trilogie Star Wars (et tout les spin off), ce n'est pas de ce lien dont je voulais vous parler aujourd'hui.
Ce qui m’intéresse et ce qui a lancé ma réflexion, c'est la lecture d'un article pour la sortie du nouveau Blade Runner. Alors attention spoilers si vous ne l'avez jamais vu. L'un des ressort scénaristique intéressant du film c'est de savoir si Deckard (le personnage joué par Harrison Ford) est oui ou non un Réplicant (une intelligence artificielle que le personnage est justement sensé "combattre"). Alors là c'est la bataille, d'un côté on a Ridley Scott qui y croit corps et âme (et qui ne s’empêchera pas de le montrer subtilement dans sa version director's cut) et de l'autre les producteurs qui refusent cette idée par peur d'entacher la carrière d'Harrison Ford. Preuve ci-joint tirée d'un numéro des Inrocks
J'aimerais qu'on retienne ça pour plus tard "pour ne pas assombrir l'image d'un Harrison Ford au sommet de sa carrière"
Revenons-en à nos moutons électriques (petit référence discrète pour les vrais). Je vous invite tout d'abord à regarder ces deux scènes :
C'est l'heure de l'observation. Commençons par Blade Runner,
Deckard et Rachel sont chez lui, elle vient de comprendre qu'elle était une replicante donc est en pleine crise identitaire, effectivement pas facile de se rendre compte que tous nos souvenirs sont faux et que nous ne sommes pas la personne que nous pensions être. Cette "love scene" est accompagnée d'une chanson suave au saxophone. Lui dort un verre à la main, elle, s'asseoit au piano ,regardant de vieilles photos appartenant à Deckard l'air triste. Tout d'un coup ni vu ni connu mais qui voilà ? Notre bon vieux Deckard. Il lui dit qu'elle joue bien. Là il lui fait un bisous sur l'oreille, et on peut voir que Rachel est perturbée. Puis il s'approche pour l'embrasser elle se recule, donc refuse. Elle se lève pour partir de chez lui ouvre la porte et lui donne un coup de poing pour la refermer violemment. Il la regarde de façon clairement creepy, puis la pousse violemment (encore une fois) sur sa grille (qu'est ce c'est que cette déco?) approche sa main (toujours avec le regard le moins rassurant du monde) doucement d'un air "t'inquiète paupiette tout va bien se passer" et l'embrasse avec le superbe retour du saxo suave des années 80.
Pour Star Wars voici ce qu'explique David Wong dans l'article dont je vous parlais au début :
" Han Solo, s’approche d’une femme qui lui a dit à chaque occasion possible qu’elle n’était pas intéressée. Han arrive par derrière et colle son corps contre le sien. C’est une femme forte, une combattante, donc elle le repousse physiquement… Pas le moins découragé du monde, Han s’approche à nouveau, prend ses mains, et commence à les carresser. Elle dit « Arrêtez ça », l’air stressée. Alors qu’il continue, elle le dit clairement une seconde fois. Il ne s’arrête toujours pas. Une musique romantique démarre… Cet échange suit : Et il l’embrasse. Note : la tête de Leia est coincée contre un mur métallique…
"
Vous commencez à voir où je veux en venir ? A chaque fois les personnages féminins ont exprimé que ce soit par la paroles, ou leurs actions, qu'elles ne voulaient pas. Le soucis, c'est que ces scènes sont considérées comme des scènes "d'amour". Alors excusez-moi mais on pas vraiment la même définition de l'amour. Quand on dit non, c'est non. Le soucis de ce genre de scènes, c'est que le schéma est toujours le même après : les femmes sont embrassées et puis bim c'est l'amour fou. C'est pas gênant et problématique de montrer à des gens que quand une femme dit non ou montre qu'elle n'est pas d'accord il suffit d'insister un peu (voir de l’empêcher de partir carrément) et tout ira bien ? Vous pensez pas que ce serait lié avec l'idée que quand quelqu'un dit non cette personne veut dire oui ? Et cette idée à peine malsaine que les femmes ont toutes un fantasme sur le viol ?
Alors oui quand on grandit avec des exemples comme ça depuis toujours je peux concevoir que la notion de consentement soit pas facilement acquise par toutes et tous.
Maintenant si vous le voulez bien revenons-en aux producteurs qui ne veulent pas entacher la carrière d'Harrison Ford, du coup dire que c'est une intelligence artificielle ça craint pour son image, par contre agresser sexuellement des femmes c'est sans soucis pour son image ?
Je suis fâchée, parce que ce n'est pas rare. Je suis fâchée parce qu'on nous formate pour croire que les agressions sexuelles sont normales voire une preuve de la virilité des hommes. Je suis fâchée et souvent fatiguée, mais je n'arrêterais pas de pointer du doigts les problèmes dans ce que l'on consomme et que l'on dit.
Je clôture cet article par le premier commentaire trouvé sous la vidéo de Blade Runner :
"It's alright, everybody. Romantic saxophone is playing in the background, so we know it's completely consensual!"
Oh et si jamais le cas d'Harisson Ford et ses romances de prédateur vous intéresse :


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